Écrit par Stéphane Manson, masseur-kinésithérapeute (RPPS 10005457196). Mis à jour le 25 août 2026.
En bref. La rétrocession usuelle en remplacement de masso-kinésithérapie se situe entre 65 % et 80 % des honoraires encaissés, reversés au remplaçant. Mais le pourcentage n’est pas la vraie variable : ce qui détermine l’attractivité de votre annonce, c’est le montant en euros que le remplaçant touchera pour la période travaillée. Un cabinet à honoraires élevés reste plus attractif à 70 % qu’un cabinet à honoraires bas à 80 %.
Attention : « 70 % » ou « 30 % » ? Le piège de vocabulaire
C’est la première source de malentendu, et elle est bien réelle : selon les pages que vous consulterez, vous lirez que la rétrocession est « de 65 à 80 % » ou « de 20 à 30 % ». Les deux chiffres décrivent le même partage, vu de deux côtés opposés.
Dans cet article, comme dans la très grande majorité des annonces et des accords de cabinet :
- la rétrocession désigne la part versée au remplaçant ;
- le complément est la part conservée par le titulaire.
Donc « rétrocession à 70 % » signifie : le remplaçant touche 70 %, le titulaire garde 30 %. Les 20 à 30 % que vous croiserez ailleurs désignent la part retenue par le cabinet. À noter que l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, dans sa FAQ contrats, emploie le terme dans l’autre sens, en le rattachant à sa définition fiscale, raison de plus pour ne jamais laisser le pourcentage seul.
En pratique : ne dites jamais « je propose une rétrocession à 30 % » sans préciser le sens. Écrivez dans votre annonce et dans votre contrat la formulation complète : « rétrocession de 70 % des honoraires encaissés au bénéfice du remplaçant ». Un quiproquo sur ce point fait perdre des candidats ou fait capoter un accord la veille du remplacement.
Comment fonctionne concrètement la rétrocession
Le remplaçant n’a pas de convention personnelle avec l’Assurance Maladie : il exerce sous la convention du praticien remplacé. Le circuit est donc toujours le même :
- Les actes sont facturés sous le numéro du titulaire.
- Le titulaire encaisse la totalité des honoraires (part patient + remboursements Assurance Maladie).
- Il reverse au remplaçant le pourcentage prévu au contrat.
Le remplaçant ne déclare que la rétrocession perçue, pas le chiffre d’affaires généré. De votre côté, vous déduisez les rétrocessions versées de vos recettes sur votre déclaration 2035.
Les taux réellement pratiqués
| Situation | Part versée au remplaçant |
|---|---|
| Fourchette usuelle constatée | 65 à 80 % |
| Cabinet équipé, plateau technique lourd, secrétariat | plutôt 65 à 70 % |
| Cabinet léger, peu de matériel, remplaçant autonome | plutôt 75 à 80 % |
| Activité incluant visites dans des établissements type EHPAD, centre de rééducation … | plutôt 65 à 70 % |
| Remplacement en zone très sous-dotée | jusqu’à 80 % et plus |
Ces bornes sont des repères, pas des règles : le taux est librement fixé au contrat. Aucun texte n’impose de pourcentage minimum.
Pourquoi le bon taux dépend de vos honoraires, pas de votre région
C’est le point que la plupart des articles manquent. On lit souvent que la rétrocession « varie selon les régions ». C’est une corrélation, pas une cause. La vraie variable, c’est le chiffre d’affaires que votre cabinet génère par journée travaillée.
Deux leviers l’expliquent presque entièrement.
1. Les dépassements d’honoraires
Un cabinet qui pratique des dépassements élevés dégage un CA journalier supérieur à activité égale. Il peut donc proposer un montant plus attractif sans monter son pourcentage.
Exemple chiffré. Deux cabinets, même volume d’activité, cinq jours travaillés.
| Cabinet A (conventionné strict) | Cabinet B (dépassements réguliers) | |
|---|---|---|
| CA généré sur la semaine | 1 800 € | 2 600 € |
| Rétrocession proposée | 80 % | 70 % |
| Le remplaçant touche | 1 440 € | 1 820 € |
| Soit par jour | 288 € | 364 € |
Le cabinet A affiche le pourcentage le plus généreux du marché et propose pourtant 380 € de moins sur la semaine. Le cabinet B affiche un taux « moyen » tout en étant nettement plus attractif. C’est pourquoi le candidat qui compare deux annonces au pourcentage se trompe systématiquement et c’est pourquoi vous avez intérêt à raisonner en euros.
2. Les visites extérieures
Même logique, autre levier, et souvent sous-estimé : une activité qui comprend des interventions en EHPAD, en maison de retraite, en centre de rééducation ou à domicile augmente le chiffre d’affaires journalier : davantage d’actes enchaînés, séries longues, patientèle captive et récurrente. Les cabinets qui ont ce type de conventions proposent fréquemment des taux dans le bas de la fourchette car le CA généré est souvent intéressant.
Si vous avez ce type d’activité, dites-le explicitement dans votre annonce. C’est un argument qui joue en votre faveur auprès des remplaçants expérimentés, à condition d’annoncer aussi le taux.
Ce qu’il faut retenir :
- Si votre CA journalier est élevé (dépassements, visites extérieures), inutile de surenchérir sur le pourcentage : communiquez sur le montant.
- Si votre CA journalier est bas, monter le taux ne suffira pas à devenir compétitif. Compensez autrement : planning déjà rempli, logement mis à disposition, défraiement, matériel de qualité, pas de samedi.
Le calcul à faire avant de publier votre annonce
Prenez votre CA moyen sur une semaine type, retirez le pourcentage que vous comptez conserver, divisez par le nombre de jours travaillés. Vous obtenez le revenu journalier brut du remplaçant — le seul chiffre qu’il regardera vraiment, puisqu’il le comparera aux autres annonces.
2 400 € de CA hebdomadaire × 70 % ÷ 5 jours = 336 € brut par jour
Annoncez ce chiffre. Une annonce qui indique « rétrocession 70 %, soit environ 330 à 350 € brut/jour sur la base de l’activité constatée » obtient nettement plus de réponses qu’une annonce qui affiche un pourcentage nu, parce qu’elle épargne au candidat un calcul qu’il ne peut pas faire sans connaître votre activité.

Sur les actes réalisés ou sur les honoraires encaissés ?
C’est la question qui revient le plus souvent après celle du taux, et elle est presque toujours passée sous silence. Les deux méthodes se pratiquent couramment. Elles ne protègent simplement pas la même personne.
Sur les actes réalisés : la sécurité du remplaçant
La rétrocession porte sur l’ensemble des actes effectués pendant le remplacement, indépendamment de ce qui a réellement été encaissé. Le remplaçant est payé sur son travail, point.
Il est ainsi couvert quand un acte n’aboutit pas à un règlement : un patient qui ne revient pas pour sa dernière séance, une erreur de manipulation sur un tiers payant qui bloque le paiement vers le titulaire, un dossier resté incomplet. Dans cette configuration, le risque de facturation reste sur le titulaire.
Sur les honoraires encaissés : la sécurité du titulaire
La rétrocession porte sur les sommes effectivement reçues sur le compte du titulaire. Il ne reverse que ce qu’il a perçu et ne peut jamais se retrouver à avancer une rétrocession sur des actes qui ne seront jamais réglés.
La contrepartie est le délai. Il faut attendre que tous les flux soient arrivés : règlements directs des patients, part obligatoire de l’Assurance Maladie, et le cas échéant part mutuelle lorsque le tiers payant est intégral. Le versement au remplaçant intervient donc sensiblement plus tard, souvent plusieurs semaines après la fin du remplacement.
Comment trancher
- Remplacement court (quelques jours à deux semaines) : les actes réalisés sont plus simples à établir et nettement plus attractifs pour le candidat, qui n’a pas envie d’attendre deux mois pour être payé.
- Remplacement long (congé maternité, arrêt prolongé) : les honoraires encaissés sont plus prudents, avec un versement mensuel à date fixe qui lisse le décalage.
- Dans tous les cas : la base retenue et la date de versement doivent figurer noir sur blanc dans le contrat. C’est le premier motif de litige entre confrères, et il est entièrement évitable.
Un conseil de transparence : indiquez la base de calcul dès l’annonce. Un remplaçant expérimenté saura immédiatement ce que cela implique pour sa trésorerie, et il appréciera de ne pas avoir à poser la question.
Ce qui ne se partage pas : les indemnités de déplacement
Un point souvent négligé, et pourtant tranché par le contrat-type de remplacement du CNOMK : les indemnités de déplacement — indemnité forfaitaire de déplacement (IFD) et indemnités kilométriques (IK) — ne sont pas soumises au pourcentage de rétrocession. Elles reviennent intégralement au remplaçant.
La logique est simple : ces indemnités ne rémunèrent pas un acte de soin, elles compensent un déplacement réellement effectué, avec le véhicule et le temps du remplaçant. Les prélever au taux de rétrocession reviendrait à faire payer au remplaçant une partie de ses propres frais de route.
Le contrat-type applique la même règle aux majorations de nuit, du dimanche et des jours fériés, qui restent elles aussi acquises au remplaçant. À l’inverse, les suppléments de cotation pour balnéothérapie demeurent affectés au titulaire, puisqu’ils rémunèrent un équipement qui lui appartient.
Si votre activité comporte des visites à domicile, en EHPAD ou en centre de rééducation, précisez-le explicitement dans l’annonce et dans le contrat : « rétrocession de 75 % des honoraires, indemnités de déplacement intégralement reversées ». C’est un argument concret, et cela évite la discussion pénible du dernier jour.
Rétrocession au pourcentage ou au forfait ?
Le pourcentage est la norme et reste le plus sûr : il répartit mécaniquement le risque d’une semaine creuse.
Le forfait journalier existe surtout pour les remplacements très courts (un à trois jours) ou pour rassurer un jeune diplômé sur un cabinet dont il ne connaît pas l’activité. Attention toutefois : un forfait garanti fait porter tout le risque d’annulation sur vous, et un forfait déconnecté de l’activité réelle peut brouiller la frontière avec le salariat. En cas de doute, restez au pourcentage avec, éventuellement, un plancher garanti.
De plus, le forfait peut, selon les interprétations, être assimilé à un salariat déguisé. Cela peut être répréhensible, c’est aussi pour cette raison qu’il est déconseillé.
Les cinq clauses à ne pas oublier dans le contrat
Le montant ne suffit pas. Ce sont les modalités qui génèrent les litiges :
- La base de calcul. Actes réalisés ou honoraires encaissés — voir la section dédiée plus haut. Précisez-le noir sur blanc, c’est la clause la plus souvent oubliée.
- La date de versement. Pour un remplacement de plus d’un mois, fixez une date précise chaque mois. Pour un remplacement court, prévoyez un délai après la fin du contrat (deux semaines est un usage courant).
- Le sort des impayés et des rejets de facturation survenus pendant le remplacement.
- Les frais annexes : déplacements à domicile, indemnités kilométriques, matériel consommable.
- Le traitement des actes non conventionnés ou des dépassements, s’ils suivent une règle différente.
Fiscalité : les deux points de vigilance
Les rétrocessions versées se déduisent de vos recettes sur la 2035, et le remplaçant déclare de son côté les sommes perçues.
Trois réflexes, à valider avec votre comptable :
- TVA. La rétrocession d’un remplacement occasionnel est exonérée de TVA. En revanche, si l’arrangement devient régulier ou permanent, il peut être requalifié en redevance de mise à disposition, soumise à TVA à 20 %. Le remplacement n’a de toute façon pas vocation à être permanent : il doit rester temporaire, et vous devez cesser toute activité de soin pendant sa durée.
- Déclaration des honoraires versés. Les rétrocessions peuvent relever de vos obligations déclaratives annuelles (DAS2). Faites le point avec votre expert-comptable avant votre première clôture.
Les erreurs les plus fréquentes
- Afficher un pourcentage sans préciser à qui il revient.
- Aligner son taux sur « ce que fait le voisin » sans comparer les CA horaires.
- Monter à 85-90 % pour attirer coûte que coûte, et travailler à perte pendant ses propres vacances.
- Négocier la rétrocession après l’accord de principe : elle doit être annoncée dès l’annonce.
- Laisser la base de calcul dans le flou, et découvrir le désaccord au moment de payer.
- Oublier de dater le versement, et se retrouver relancé trois mois plus tard.
Questions fréquentes
Existe-t-il un taux de rétrocession légal ou minimum ?
Non. Le taux est librement fixé entre les deux praticiens et inscrit au contrat de remplacement. Les fourchettes de 65 à 80 % sont des usages professionnels, pas des obligations.
Qui encaisse les honoraires pendant le remplacement ?
Le titulaire, puisque les actes sont facturés sous son numéro. Il reverse ensuite la rétrocession au remplaçant.
La rétrocession se calcule-t-elle sur les actes réalisés ou sur les honoraires encaissés ?
Les deux se pratiquent. Le calcul sur les actes réalisés protège le remplaçant, qui est payé sur son travail même si un acte n’a pas pu être facturé ou réglé. Le calcul sur les honoraires encaissés protège le titulaire, qui ne reverse que ce qu’il a effectivement perçu, mais il implique un délai plus long, le temps que les règlements des patients, de l’Assurance Maladie et des mutuelles soient arrivés. La base retenue doit figurer explicitement dans le contrat.
La rétrocession se calcule-t-elle sur le CA brut ou après charges ?
Sur les honoraires encaissés, avant vos charges de cabinet. La part que vous conservez rémunère la mise à disposition du cabinet et du matériel.
Peut-on modifier le taux en cours de remplacement ?
Uniquement par avenant écrit, signé des deux parties et communiqué au conseil départemental de l’Ordre, comme le contrat initial.
Faut-il proposer plus en zone rurale ?
Souvent oui, mais la cause n’est pas géographique : c’est la rareté des candidats. Si votre CA horaire ne le permet pas, jouez sur le logement, les frais de déplacement ou la souplesse du planning plutôt que sur le pourcentage.
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Sources
- Ordre des masseurs-kinésithérapeutes — Qu’est-ce que la rétrocession d’honoraires ?
- CNOMK — Contrat-type de remplacement
- Ameli — Prise en charge à domicile : indemnités et forfaits
- Code de la santé publique, articles R. 4321-107 et R. 4321-108 (conditions de remplacement)



