Lorsque l’on débute en libéral, choisir entre micro-BNC et déclaration contrôlée peut sembler être une question purement comptable. En réalité, ce choix peut avoir un effet important sur le bénéfice imposable, les cotisations sociales et la quantité de comptabilité à gérer.
En 2026, le sujet mérite d’autant plus d’attention que le seuil du micro-BNC passe à 83 600 € de recettes et que la réforme de l’assiette sociale modifie la manière dont les cotisations URSSAF et CARPIMKO sont calculées.
La règle rapide : en micro-BNC, l’administration considère forfaitairement que vos frais représentent 34 % de vos recettes. En déclaration contrôlée, vous déduisez vos dépenses professionnelles réelles selon les règles fiscales. Comparer vos charges réelles à 34 % de vos recettes constitue donc un bon premier repère, mais ce n’est pas suffisant à lui seul pour choisir.
* Le seuil ne s’apprécie pas simplement sur les recettes de l’année en cours : les règles N-1/N-2 sont détaillées plus bas.
Qu’est-ce que le micro-BNC pour un kiné libéral ?
Le micro-BNC est un régime fiscal simplifié applicable aux bénéfices non commerciaux lorsque les conditions prévues sont remplies. Vous déclarez le montant brut de vos recettes et l’administration applique elle-même un abattement forfaitaire de 34 % représentatif des frais professionnels.
Bénéfice fiscal micro-BNC = recettes × 66 %
Exemple avec 50 000 € de recettes
50 000 € × 34 % = 17 000 € d’abattement forfaitaire
50 000 € − 17 000 € = 33 000 € de bénéfice fiscal
L’administration retiendra donc 33 000 € de bénéfice fiscal, que vos dépenses réellement payées aient été de 8 000 €, 15 000 € ou 25 000 €.
En clair : en micro-BNC, vos frais ne sont pas déduits un par un. L’abattement de 34 % est censé représenter forfaitairement l’ensemble de vos frais professionnels.
Micro-BNC ne veut pas dire micro-entrepreneur
C’est une confusion fréquente. Un kinésithérapeute peut relever fiscalement du micro-BNC tout en restant affilié au régime social des praticiens et auxiliaires médicaux et à la CARPIMKO.
Le régime de micro-entrepreneur ajoute un régime micro-social dans lequel les cotisations sont calculées directement en pourcentage du chiffre d’affaires. Les professions libérales relevant d’une caisse de retraite autre que la Cipav ou la Sécurité sociale des indépendants sont exclues de ce régime micro-social. Un kiné relevant de la CARPIMKO n’est donc pas un auto-entrepreneur simplement parce qu’il est au micro-BNC.
À retenir : « micro-BNC » décrit ici votre régime fiscal. Cela ne signifie pas que vous payez vos cotisations sociales comme un micro-entrepreneur.
Quel est le plafond du micro-BNC pour un kiné en 2026 ?
Pour les années 2026 à 2028, le seuil du micro-BNC est fixé à 83 600 € de recettes hors taxes.
Mais dépasser 83 600 € pendant une seule année ne vous fait pas forcément sortir immédiatement du régime. Pour déterminer le régime applicable en N, l’administration regarde les recettes de N-1 ou, si nécessaire, celles de N-2.
- Si N-1 ne dépasse pas 83 600 €, le micro-BNC reste applicable en N.
- Si N-1 dépasse le seuil mais que N-2 ne le dépasse pas, le micro-BNC reste également applicable en N.
- Après deux dépassements consécutifs, la déclaration contrôlée devient obligatoire l’année suivante.
Exemple : 65 000 € puis 90 000 €
Un kiné réalise 65 000 € en N-1 puis 90 000 € en N. Il reste au micro-BNC en N puisque N-1 était sous le seuil. L’abattement de 34 % s’applique même à la totalité des 90 000 € encaissés cette année-là.
Exemple : 60 000 €, puis 90 000 €, puis 100 000 €
Avec 60 000 € en N-2, 90 000 € en N-1 puis 100 000 € en N, le kiné reste encore au micro-BNC en N grâce à N-2. En revanche, N-1 et N dépassent toutes les deux 83 600 € : il passe obligatoirement en déclaration contrôlée en N+1.

Qu’est-ce que la déclaration contrôlée ?
La déclaration contrôlée est le régime réel d’imposition des BNC. Vous calculez le bénéfice à partir de vos recettes et des dépenses réellement déductibles, au lieu d’utiliser l’abattement forfaitaire de 34 %.
Bénéfice BNC = recettes − dépenses professionnelles fiscalement déductibles
Selon la situation, les dépenses peuvent notamment comprendre le loyer ou la redevance du cabinet, les assurances, logiciels, frais bancaires, certains frais de véhicule, matériel, cotisations professionnelles, honoraires de comptabilité, certaines cotisations sociales déductibles et les amortissements d’équipements. Pour aller plus loin, consultez notre guide des charges déductibles du kiné libéral.
La déclaration de résultat est effectuée avec la déclaration n° 2035 et ses annexes, puis le résultat BNC est reporté sur la déclaration personnelle de revenus.
À partir de combien de charges le réel devient-il intéressant ?
Le premier calcul consiste à déterminer 34 % de vos recettes.
Si vos charges fiscalement déductibles réelles sont nettement inférieures au montant indiqué, le micro-BNC peut être fiscalement favorable. Si elles sont nettement supérieures, la déclaration contrôlée mérite sérieusement d’être étudiée.
Attention : le seuil de 34 % n’est qu’un repère fiscal. Depuis la réforme sociale 2026, il ne suffit pas à déterminer quel régime vous laissera le meilleur revenu net après cotisations et impôt.
Exemple : 50 000 € de recettes avec peu de charges
Imaginons, uniquement pour comprendre le mécanisme fiscal, un kiné réalisant 50 000 € de recettes et dont l’ensemble des dépenses déductibles retenues pour la comparaison représente 10 000 €.
En micro-BNC
50 000 € × 66 % = 33 000 € de bénéfice fiscal
En déclaration contrôlée
50 000 € − 10 000 € = 40 000 € de bénéfice fiscal
Sur ce calcul fiscal simplifié, le micro-BNC est plus favorable : l’administration accorde 17 000 € de frais forfaitaires alors que les dépenses réelles retenues dans cet exemple ne sont que de 10 000 €.
Exemple : 50 000 € de recettes avec beaucoup de charges
Prenons maintenant le même niveau de recettes, mais avec 25 000 € de dépenses fiscalement déductibles.
En micro-BNC
Bénéfice fiscal = 33 000 €
En déclaration contrôlée
50 000 € − 25 000 € = 25 000 € de bénéfice fiscal
Cette fois, la déclaration contrôlée devient fiscalement beaucoup plus intéressante puisque les dépenses réelles dépassent largement l’abattement de 17 000 €.
Pourquoi le seuil de 34 % ne suffit-il pas pour choisir en 2026 ?
Comparer 34 % des recettes aux charges réelles reste une excellente première étape, mais plusieurs éléments peuvent modifier la décision finale.
Les cotisations sociales ont leur propre mode de calcul
Depuis la réforme appliquée en 2026, un kiné en micro-BNC relevant du régime micro-fiscal voit l’abattement fiscal spécifique de 34 % utilisé pour déterminer son revenu social.
Micro-BNC : assiette sociale standard ≈ recettes × 66 %
En déclaration contrôlée, le mécanisme est différent. On détermine d’abord un revenu professionnel avant déduction des cotisations sociales personnelles, puis l’abattement social de 26 % est appliqué dans les limites réglementaires.
Déclaration contrôlée : recettes − charges professionnelles hors cotisations sociales → revenu brut social → abattement social de 26 %
Le choix fiscal peut donc aussi modifier la base utilisée pour calculer l’URSSAF et la CARPIMKO.
Pour approfondir, consultez nos articles sur le calcul des cotisations URSSAF du kiné libéral et les taux CARPIMKO applicables au kiné en 2026.
Toutes les « charges » ne se comparent pas de la même façon
Lorsque vous comparez vos frais au forfait de 34 %, ne regardez pas uniquement le loyer, l’essence ou le matériel. L’abattement micro-BNC est représentatif de l’ensemble des frais professionnels que vous auriez pu déduire au réel selon les règles applicables.
Une comparaison sérieuse doit donc utiliser un scénario complet et non seulement les dépenses les plus visibles.
Les investissements peuvent favoriser la déclaration contrôlée
Certains achats professionnels importants ne sont pas nécessairement déduits intégralement l’année de leur achat. En déclaration contrôlée, ils peuvent être inscrits à l’actif puis amortis sur plusieurs années selon les règles fiscales.
Le micro-BNC ne permet pas d’ajouter cette déduction réelle en plus de l’abattement de 34 %.
La simplicité administrative a aussi une valeur
Le micro-BNC impose des obligations comptables plus légères. La déclaration contrôlée demande une comptabilité plus structurée et une déclaration 2035.
Un faible avantage fiscal théorique du réel peut donc ne pas justifier à lui seul davantage de temps de gestion ou de frais de comptabilité.
Micro-BNC pour un kiné remplaçant : est-ce intéressant ?
Le micro-BNC peut être particulièrement intéressant à étudier pour un kiné remplaçant lorsque ses dépenses professionnelles sont faibles.
Un remplaçant peut, par exemple, ne pas supporter directement de loyer permanent de cabinet, de gros achats de matériel ou de travaux. En revanche, il peut avoir des frais de déplacement importants, des assurances, des abonnements et d’autres dépenses professionnelles.
Conclusion : « remplaçant = micro-BNC » n’est pas une règle. Mais pour un jeune remplaçant avec peu de frais et des recettes compatibles avec le seuil, le régime mérite clairement d’être comparé à la déclaration contrôlée.
Déclaration contrôlée pour un kiné titulaire : est-elle plus intéressante ?
Un titulaire ou un collaborateur peut supporter davantage de frais : loyer ou redevance, matériel, logiciels, véhicule, travaux, assurances, frais bancaires et charges courantes du cabinet.
Lorsque ces dépenses deviennent importantes, la possibilité de les déduire réellement peut rendre la déclaration contrôlée plus intéressante.
Mais il serait faux d’affirmer que tous les titulaires doivent être au réel : le niveau des charges et des recettes doit être étudié individuellement.
Peut-on choisir volontairement la déclaration contrôlée sous 83 600 € ?
Oui. Un kiné qui remplit les conditions du micro-BNC peut renoncer volontairement à ce régime et opter pour la déclaration contrôlée.
L’option peut résulter du dépôt de la déclaration n° 2035 dans le délai prévu. Elle est valable un an et se renouvelle ensuite tacitement chaque année tant qu’elle n’est pas dénoncée et que le professionnel reste éligible au micro-BNC.
Pourquoi choisir volontairement le réel ? Principalement lorsque les dépenses déductibles et les amortissements sont suffisamment importants pour rendre la déclaration contrôlée plus favorable malgré une comptabilité plus lourde.
Peut-on revenir de la déclaration contrôlée au micro-BNC ?
Oui, sous conditions.
Si vous aviez volontairement opté pour la déclaration contrôlée tout en restant éligible au micro-BNC, vous pouvez renoncer à cette option dans les délais prévus par l’administration fiscale.
Si vous étiez au réel parce que vous aviez dépassé le seuil pendant deux années consécutives, le fonctionnement est différent : si vos recettes repassent sous le seuil, la déclaration contrôlée reste applicable pour l’année de retour sous le seuil, puis le micro-BNC redevient en principe applicable l’année suivante, sauf nouvelle option pour le réel.
Première année d’activité : micro-BNC ou déclaration contrôlée ?
Lors de la création d’une activité BNC, le micro-BNC s’applique en principe de plein droit pendant l’année de création et l’année suivante, en l’absence d’option pour la déclaration contrôlée.
Mais il existe une règle importante : les recettes de l’année de création sont annualisées au prorata du nombre de jours d’activité afin d’apprécier le seuil pour les années suivantes.
Exemple : installation au 1er août
L’administration donne l’exemple d’une activité créée le 1er août avec 50 000 € de recettes encaissées durant les cinq derniers mois de l’année.
50 000 € × 365 / 153 ≈ 119 280 €
Le montant annualisé dépasse le seuil de 83 600 €. Cela ne fait pas perdre le micro-BNC pour l’année de création elle-même. Mais si un nouveau dépassement intervient l’année suivante, la déclaration contrôlée pourra devenir obligatoire à compter de N+2.
Point important pour un jeune kiné : ne comparez donc pas simplement vos recettes encaissées pendant vos premiers mois au seuil annuel de 83 600 €. Pour préparer aussi les cotisations du démarrage, consultez notre guide Première année en libéral : combien mettre de côté pour l’URSSAF et la CARPIMKO ?
Micro-BNC et TVA : deux règles différentes
Le régime fiscal micro-BNC et le régime de TVA sont deux sujets distincts.
Il n’est pas nécessaire de bénéficier de la franchise en base de TVA pour être au micro-BNC. Pour un kinésithérapeute, les soins entrant dans le champ de l’exonération médicale sont par ailleurs généralement exonérés de TVA, tandis que certaines activités annexes ou non thérapeutiques peuvent relever d’autres règles.
Nous traiterons ce sujet séparément dans l’article : TVA et kiné libéral : quels actes sont exonérés et quelles activités sont soumises à TVA ?
Micro-BNC : faut-il remplir une déclaration 2035 ?
Non. Un professionnel au micro-BNC n’a pas à déposer de déclaration de résultat n° 2035.
Il indique ses recettes brutes dans la rubrique BNC de la déclaration complémentaire 2042-C-PRO. L’administration applique ensuite l’abattement forfaitaire de 34 %.
En déclaration contrôlée, en revanche, une déclaration professionnelle 2035 et ses annexes doivent être déposées par voie dématérialisée.
Comment choisir entre micro-BNC et déclaration contrôlée ?
Pour faire un premier tri, vous pouvez procéder en six étapes.
- Calculez vos recettes annuelles. Vérifiez d’abord si les règles de seuil vous permettent de rester au micro-BNC.
- Calculez 34 % de vos recettes. C’est la valeur forfaitaire des frais retenue par le micro-BNC.
- Estimez toutes vos dépenses déductibles au réel. Ne vous limitez pas au loyer et au matériel.
- Comparez les deux bénéfices fiscaux. Vous obtenez déjà un premier indicateur.
- Comparez aussi les cotisations sociales. Depuis 2026, les assiettes micro-BNC et déclaration contrôlée ne sont pas construites de la même façon.
- Si les deux scénarios sont proches, raisonnez en revenu net final. Intégrez fiscalité, cotisations, investissements et coût éventuel de gestion comptable.
Pour mesurer l’impact social des deux régimes, vous pouvez utiliser notre simulateur de cotisations du kiné libéral en 2026, qui propose un mode détaillé avec choix entre micro-BNC et déclaration contrôlée.
Questions fréquentes sur le micro-BNC du kiné
Quel est le plafond micro-BNC d’un kiné en 2026 ?
Le seuil de recettes est de 83 600 € pour les années 2026 à 2028. Le régime applicable dépend toutefois des recettes de N-1 et N-2, et non simplement du montant encaissé cette année.
Quel est l’abattement du micro-BNC pour un kiné ?
L’abattement forfaitaire représentatif de frais est de 34 % des recettes. Le bénéfice fiscal correspond donc, en situation standard, à 66 % des recettes.
Un kiné peut-il dépasser 83 600 € et rester au micro-BNC ?
Oui. Si le seuil n’a pas été dépassé pendant deux années consécutives de référence, il est possible de rester temporairement au micro-BNC même si les recettes de l’année en cours dépassent 83 600 €.
Doit-on faire une 2035 en micro-BNC ?
Non. La déclaration 2035 concerne le régime de la déclaration contrôlée. En micro-BNC, les recettes brutes sont déclarées sur la 2042-C-PRO.
Peut-on choisir la déclaration contrôlée même avec 40 000 € de recettes ?
Oui. Le micro-BNC est un régime de plein droit lorsque les conditions sont réunies, mais le professionnel peut opter pour la déclaration contrôlée si cela lui paraît plus avantageux.
Micro-BNC et micro-entreprise, est-ce la même chose ?
Non. Le micro-BNC est un régime fiscal. La micro-entreprise ajoute notamment un régime social simplifié. Un kiné peut être au micro-BNC sans être micro-entrepreneur.
Un kiné remplaçant doit-il choisir le micro-BNC ?
Non. Le statut de remplaçant ne détermine pas à lui seul le régime fiscal optimal. Il faut comparer les recettes, les frais réellement supportés et l’impact social et fiscal des deux options.
Peut-on revenir au micro-BNC après être passé au réel ?
Oui, lorsque les conditions du micro-BNC sont à nouveau remplies et selon les modalités de renonciation à l’option ou de retour au régime prévues par l’administration.
En résumé : micro-BNC ou déclaration contrôlée pour un kiné ?
Le micro-BNC est particulièrement simple : l’administration déduit forfaitairement 34 % de vos recettes et vous n’avez pas de déclaration 2035 à déposer.
La déclaration contrôlée demande davantage de comptabilité, mais permet de déduire les dépenses professionnelles réellement supportées et de tenir compte des amortissements selon les règles applicables.
En 2026, le seuil du micro-BNC est de 83 600 €, avec une règle de dépassement appréciée sur deux années de référence.
Comparer vos charges réelles à 34 % de vos recettes reste le moyen le plus rapide de commencer l’analyse. Mais depuis la réforme de l’assiette sociale, le meilleur choix doit aussi tenir compte des cotisations URSSAF et CARPIMKO.
Vous pouvez commencer par estimer vos cotisations sociales de kiné selon votre régime fiscal, puis comparer le résultat avec votre situation réelle.
Sources officielles
- BOFiP — Seuils des régimes BNC applicables de 2026 à 2028
- BOFiP — Champ d’application du micro-BNC, dépassements et retour au régime
- BOFiP — Détermination du bénéfice micro-BNC et abattement de 34 %
- BOFiP — Option pour la déclaration contrôlée et renonciation
- Impots.gouv.fr — Déclaration 2035
- URSSAF — Réforme de l’assiette sociale des indépendants
- URSSAF — Début d’activité d’un praticien ou auxiliaire médical
Dernière vérification des règles : septembre 2026.



